mardi 6 janvier 2026

En direct du MET, le 10/01/2026 : “I Puritani“ ...

Cinquième retransmission de la saison 2025-2026 du MET (Metropolitan Opera de New-York), dans le cadre du programme "Live in HD", samedi 10/01/2026 à 19:00 (*), avec l'œuvre "I Puritani" ("Les Puritains") de Vicente Bellini (1801-1835). Chef‑d’œuvre du Bel Canto, cette partition mêle avec intensité passion amoureuse, tourments de la folie et luttes politiques sur fond d’Angleterre puritaine. 

Grâce à la diffusion mondiale dans les salles partenaires, les spectateurs du monde entier pourront partager l’émotion de cette production exceptionnelle, captée en direct depuis la scène du MET. Ce rendez‑vous offrira ainsi l’occasion rare de découvrir/redécouvrir une œuvre majeure du romantisme lyrique dans toute sa splendeur musicale et dramatique.

Rappel sur l’origine de l’œuvre

I Puritani est un opéra seria en trois actes composé sur un livret du comte Carlo Pepoli, poète italien exilé en France. Ce dernier s’inspira de la pièce historique "Têtes rondes et Cavaliers" de Jacques‑François Ancelot et Joseph-Xavier Saintine, évoquant les luttes entre Royalistes et Parlementaires durant la guerre civile anglaise.

Conçu à l’origine en deux actes, l’opéra fut remanié en trois sur les conseils de Gioachino Rossini, alors figure tutélaire du Théâtre‑Italien de Paris. Bellini signa le contrat de composition en janvier 1834 et réalisa l’ouvrage entre avril 1834 et janvier 1835, durant son séjour parisien.

La première représentation eut lieu le 24 janvier 1835 au Théâtre‑Italien, portée par une distribution légendaire dominée par le ténor Giovanni Battista Rubini dans le rôle d’Arturo. Le succès fut immédiat: le public parisien accueillit l’œuvre avec un enthousiasme retentissant et I Puritani s’imposa comme la révélation de la saison, donnée dix‑sept fois jusqu’à mars 1835.

Dernier chef‑d’œuvre de Bellini avant sa mort prématurée en septembre 1835, à seulement 33 ans, l’opéra incarne l’aboutissement de son art raffiné du Bel Canto et demeure l’un des sommets du romantisme lyrique italien.

L'œuvre proprement dite

Résumé de l’œuvre

L’action se situe dans les environs de Plymouth, en Angleterre, au temps de la guerre civile du XVIIème siècle qui oppose les Puritains, soutiens d’Oliver Cromwell, aux Royalistes fidèles à la dynastie des Stuart. Dans ce climat de fanatisme et de conflits politiques, l’amour d’Elvira Valton et de Lord Arturo Talbot se heurte à la haine des partis et à la jalousie humaine.

  • Acte I
    Dans une forteresse puritaine dirigée par son père, Lord Gualtiero Valton, Elvira se prépare à épouser Arturo, un noble royaliste. Mais leur union déplaît à Sir Riccardo Forth, officier puritain épris d’elle. Le jour des noces, Arturo découvre qu’une prisonnière, Enrichetta, veuve du roi Charles Ier, est secrètement détenue dans la forteresse. Par dévouement chevaleresque, il aide la reine à s’évader en la faisant passer pour Elvira sous un voile nuptial. La fuite aussitôt révélée, Elvira se croit trahie par l’homme qu’elle aime et perd la raison.
  • Acte II
    Plongée dans un délire douloureux, Elvira erre parmi les soldats puritains, revoyant sans cesse les images du mariage interrompu. Son oncle Sir Giorgio veille sur elle, cherchant à ranimer en elle la foi en l’amour et la paix de l’âme. Pendant ce temps, Riccardo apprend qu’Arturo, désormais proscrit, a été condamné à mort. Touché par la détresse d’Elvira, Giorgio tente de convaincre Riccardo d’épargner le fugitif, espérant qu’un geste de clémence redonnera à la jeune femme la raison perdue.
  • Acte III
    Trois mois plus tard, dans un jardin baigné d’un clair de lune mélancolique, Arturo revient secrètement. Il retrouve Elvira, toujours fragile mais reconnaissante de revoir son bien-aimé. Sa sincérité et l’explication de son acte héroïque (le sauvetage d’Enrichetta) dissipent le malentendu. Cependant, les soldats puritains le capturent et s’apprêtent à l’exécuter. À l’instant fatal, un messager annonce la victoire décisive de Cromwell et l’amnistie générale. La guerre prend fin; la raison et l’amour triomphent, permettant enfin à Elvira et Arturo d’être unis sous le signe de la paix retrouvée.
Thèmes abordés

L’opéra déploie avec intensité les grands motifs du romantisme: l’amour mis à l’épreuve par les clivages politiques et sociaux, la folie née du désespoir amoureux, la jalousie dévastatrice et la quête rédemptrice face à la fatalité. A travers la détresse d’Elvira et la vaillance d’Arturo, l’œuvre illustre la tension constante entre passion intime et devoir patriotique. Le célèbre duo martial de l’Acte II incarne cet élan collectif vers la Liberté, où la fidélité politique se mêle à la loyauté du cœur.

Sur fond de guerre civile entre Puritains et Royalistes, le drame révèle la fragilité des destins individuels confrontés aux bouleversements de l’Histoire: les sacrifices personnels s’y confondent avec les idéaux de justice, de pardon et de réconciliation, donnant à l’ensemble une portée à la fois politique, humaine et spirituelle.

Distribution annoncée

Pour cette soirée exceptionnelle du 10 janvier 2026, le Metropolitan Opera propose une distribution de tout premier plan dans la production emblématique de Charles Edwards, témoignage d’un style scénique à la fois sobre et classique: 

Elvira Walton: Lisette Oropesa
Lord Arturo Talbot: Lawrence Brownlee
Giorgio Walton: Christian Van Horn
Riccardo Forth: Artur Ruciński
Direction musicale: Marco Armiliato
Mise en scène: Charles Edwards
Costumes: Gabrielle Dalton
Lumières/Eclairage: Tim Mitchell

La direction musicale est confiée à Marco Armiliato, chef italien renommé pour sa lecture élégante et passionnée du répertoire Bel Canto, qu’il aborde avec un équilibre rare entre discipline orchestrale et souplesse expressive.

La mise en scène de Charles Edwards privilégie la clarté dramatique et la vérité du jeu, soutenue par les décors et costumes de Gabrielle Dalton, dont l’esthétique raffinée évoque l’austérité des forteresses puritaines et la tension des passions contenues. Les lumières signées Tim Mitchell sculptent des espaces d’ombre et de rédemption, tandis qu’une chorégraphie discrète, sans maître attitré, souligne la nature vocale et introspective de l’œuvre, centrée davantage sur la puissance émotionnelle du chant que sur le mouvement scénique.

Concernant enfin les rôles principaux et les interprètes:

  • Elvira Walton (soprano) — Lisette Oropesa 
    Soprano américaine au timbre lumineux et à la technique éblouissante, Lisette Oropesa s’impose comme l’une des grandes figures du Bel Canto contemporain. Admirée pour la perfection de sa ligne vocale et la sensibilité de son interprétation, elle a conquis le public du MET dans Lucia di Lammermoor, La Traviata et Rigoletto. Dans le rôle d’Elvira, elle mêle virtuosité et émotion, rendant palpable la fragilité et la passion du personnage.
  • Lord Arturo Talbot (ténor) — Lawrence Brownlee
    Spécialiste reconnu du répertoire bellinien et rossinien, ce ténor américain impressionne par ses aigus spectaculaires et sa diction d’une clarté exemplaire. Sa capacité à unir agilité vocale et intensité dramatique fait d’Arturo l’un de ses rôles emblématiques. Son élégance de style, tout comme son aisance scénique, lui valent l’admiration du public international.
  • Sir Riccardo Forth (baryton) — Artur Ruciński
    Baryton polonais à la projection ample et aux nuances raffinées, Artur Ruciński apporte à Riccardo une densité intérieure et une autorité naturelle. Habitué des grands rôles verdiens et belliniens, il conjugue force expressive et contrôle du phrasé, incarnant avec sobriété la jalousie du Puritain épris d’Elvira.
  • Sir Giorgio Walton (basse) — Christian Van Horn
    Basse-baryton américain à la voix majestueuse et chaleureuse, Christian Van Horn campe un Giorgio empreint de sagesse et d’humanité. Fidèle du MET, il se distingue par la noblesse de son timbre et son sens du drame intérieur, conférant au rôle du mentor compatissant une dimension profondément émotive.

Arias célèbres et synopsis complet

L’opéra I Puritani est un véritable écrin du Bel Canto romantique, combinant l’élégance formelle, la virtuosité vocale et l’intensité expressive propres à Bellini. Chaque air illustre une facette de la passion, du délire ou de la ferveur héroïque, révélant la finesse psychologique des personnages à travers un chant d’une ampleur exceptionnelle. En voici quelques-uns: 

  • "A te, o cara" (Acte I)
    Ouverture amoureuse du drame, cette cavatine (courte pièce vocale pour soliste) d’Arturo déploie une tendresse lumineuse où la pureté mélodique de Bellini atteint une grâce suspendue. Soutenu par un ensemble choral, le ténor y exprime la joie du bonheur retrouvé, l’émotion atteignant son sommet dans les aigus délicatement filés, signature du style bellinien.

    En voici une double interprétation par respectivement Luciano Pavarotti et Joan Sutherland, puis Xabier Anduaga et Lisette Oropesa:

  • "Son vergin vezzosa" (Acte I)
    Dans cette polonaise (danse d’origine aristocratique polonaise) enjouée, Elvira chante sa jeunesse triomphante et l’allégresse des noces imminentes. Derrière l’insouciance du ton perce déjà une tension intérieure: la virtuosité ornementale et la vivacité rythmique traduisent son exaltation, mais la légèreté de la danse cache la fragilité du destin amoureux.

    En voici une double interprétation par respectivement Jessica Pratt et Francesco Demuro, puis Nino Machaidze & Juan Diego Florez:

  • "Qui la voce sua soave... Vien, diletto" (Acte II)
    Considérée comme la scène de folie la plus poignante du répertoire, cette page met à nu la psyché dévastée d’Elvira. Dans un délire lyrique où lyrisme et douleur se confondent, la soprano évoque la voix de l’amant absent avant de s’élancer dans une cabaletta (forme musicale rapide et brillante) désespérée. L’air réclame une expressivité extrême, allant de la douceur la plus éthérée à la crise la plus bouleversante.

    En voici une double interprétation par respectivement Rosa Feola et Louise Alder:

  • "Suoni la tromba" (Acte II)
    Ce duo martial entre Giorgio et Riccardo constitue l’un des moments les plus exaltants de l’œuvre. Véritable hymne à la Liberté, il unit deux voix d’hommes dans un élan énergique et solennel. Bellini y célèbre l’honneur, la fraternité et l’engagement patriotique avec une puissance presque chorale; le thème fut d’ailleurs adapté en chant militaire français sous le titre "La Galette".

    En voici une double interprétation par respectivement Carlo Colombara et Marco Di Felice, puis Alexey Markov et Luca Pisaroni:

  • "Credeasi, misera" (Acte III)
    Dans ce passage d’une intensité dramatique rare, Arturo exprime l’amertume d’une ultime méprise avant la révélation finale. L’air est resté célèbre pour son "contre-fa" aigu, redouté et admiré à la fois, héros vocal des grands ténors belcantistes. L’émotion y naît de l’alliance entre péril technique et douleur sincère.

    En voici une double interprétation par respectivement Nino Machaidze et Juan Diego Florez, puis Celso Albelo et Maria José Moreno:


  • "Vieni fra le mie braccia" (Acte III)
    Le duo des retrouvailles entre Arturo et Elvira clôt l’œuvre sur un apaisement lumineux. Après les épreuves, la fusion des voix traduit à la fois la joie de l’amour sauvé et la libération morale du pardon. La virtuosité se met ici au service d’une tendresse retrouvée, annonçant le dénouement harmonieux d’un drame où triomphent l’amour, la raison et la paix.

    En voici une double interprétation par respectivement Nino Machaidze et Juan Diego Florez, puis Maria Agresta et Dmitry Korchak:

Enfin et en complément de tout ce qui précède, voici le synopsis complet de ce magnifique opéra. 

Impact et héritage

I Puritani marque l’apogée du Bel Canto romantique et condense à lui seul la quintessence de l’art bellinien: une ligne mélodique d’une pureté inégalée, une émotion contenue et des exigences vocales poussées à leurs limites les plus extrêmes. Par la noblesse de son écriture et la grâce suspendue de ses phrasés, l’ouvrage a profondément influencé les compositeurs du XIXème siècle, de Donizetti à Verdi, jusqu’aux premiers élans du lyrisme français.

Créé à Paris en 1835, l’opéra connut un succès foudroyant avant de s’imposer à Londres et sur les grandes scènes européennes, puis américaines. Au Théâtre-Italien, il fut joué plus de deux cents fois jusqu’en 1909, confirmant sa place comme l’un des piliers du Répertoire Lyrique. Cette aura ne s’est jamais démentie: l’œuvre a fait son retour triomphal au Metropolitan Opera en 1976 dans une production mémorable réunissant Joan Sutherland et Luciano Pavarotti, puis dans une nouvelle édition Live in HD en 2007, saluée pour la splendeur de son interprétation et la fidélité à l’esprit originel de Bellini.

Son héritage dépasse la scène. Des adaptations variées, telle la version réécrite pour Maria Malibran, ont contribué à faire vivre le mythe de l’héroïne fragile et sublime. Cet opéra a aussi laissé une empreinte dans la culture populaire: la Reine Victoria en fit l’un de ses ouvrages favoris, et plusieurs films modernes (notamment "The Young Victoria") y puisent leurs résonances mélodiques et symboliques.

Chef-d’œuvre de l’équilibre entre drame historique et virtuosité vocale, I Puritani demeure aujourd’hui le modèle absolu du style bellinien: un chant suspendu entre délicatesse et grandeur, où la passion humaine devient pure Musique.

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(*) : Les dates/heures peuvent varier d'une Salle de Spectacle à l'autre. Toujours bien se renseigner au préalable !!!

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Nota Bene: Les informations/photos contenues dans cet article proviennent, pour l'essentiel, de sites Internet spécialisés (MET, Opera Online, Backtrack, ForumOpera, Ôlyrix) ainsi que de la "Mine d'or" YouTube. Sans oublier la véritable "Bible" en la matière que constitue le livre "Tout l'Opéra" de Gustave Kobbé.