jeudi 11 décembre 2025

En direct du MET, le 13/12/2025 : “Andrea Chénier“ ...

Quatrième retransmission de la saison 2025-2026 du MET (Metropolitan Opera de New-York), dans le cadre du programme "Live in HD", samedi 13/12/2025 à 19:00 (*), avec l'œuvre "Andrea Chénier" d'Umberto Giordano (1867-1948). 

Rappel sur l’origine de l’œuvre

Composé sur un livret de Luigi Illica, Andrea Chénier est un opéra vériste en quatre actes créé le 28 mars 1896 à La Scala de Milan. Cette œuvre marque un tournant décisif dans la carrière du compositeur, jusque-là éprouvé par une série de trois échecs qui avaient plongé sa situation dans la précarité. Retiré dans une modeste chambre milanaise, Giordano nourrit alors une détermination farouche: il sollicite Illica avec l’espoir d’un livret à la fois dramatique et exaltant, s’engageant à porter lui-même la responsabilité de sa réussite musicale.

Le sujet s’inspire librement de la destinée tragique du poète français André Chénier (1762‑1794), figure emblématique de la Révolution Française guillotinée sous la Terreur. Si les grandes lignes historiques fournissent la toile de fond, Carlo Gérard et Maddalena di Coigny relèvent, eux, de la pure invention dramatique, permettant à Giordano et Illica d’explorer les tensions sociales et sentimentales d’une époque bouleversée.

À sa création, cet opéra suscita en France des réactions partagées: jugé par certains comme une œuvre "contre‑révolutionnaire", il ne s’y imposa que difficilement. En revanche, le triomphe fut éclatant en Italie, où le public acclama l’intensité émotionnelle et la force lyrique de la partition. Ce succès s’étendit rapidement à l’étranger: Andrea Chénier fut représenté pour la première fois à New York, à l’Academy of Music, le 13 novembre 1896, ouvrant la voie à une carrière internationale durable.

L'œuvre proprement dite

Résumé de l’œuvre

L'action L’action d’Andrea Chénier s’articule en deux époques contrastées : le printemps 1789 à la veille de la Révolution, et juin 1794 au cœur de la Terreur.

Le premier acte s’ouvre dans l’atmosphère fastueuse du château de Coigny, où l’aristocratie célèbre encore sa splendeur. Au milieu de ces réjouissances mondaines, surgit Andrea Chénier, jeune poète idéaliste dont la verve inspirée, dénonçant les injustices sociales, provoque l’émoi de l’assemblée. Sa rencontre avec Maddalena de Coigny, fille de la comtesse, scelle le début d’un amour passionné, tandis que Carlo Gérard, serviteur du château, révolté par l’orgueil de ses maîtres et secrètement épris de Maddalena, se détache de ce monde pour rejoindre le peuple insurgé.

Les actes suivants transportent le spectateur dans le Paris révolutionnaire de 1794, transformé en une cité de peur et de dénonciations. Gérard, devenu un commissaire du Tribunal révolutionnaire, incarne la complexité morale d’un ancien opprimé devenu instrument de la Terreur. Pendant ce temps, Chénier, dont les écrits exaltent la Liberté mais condamnent les excès sanglants, est pourchassé comme contre‑révolutionnaire. Fidèle à son amour, Maddalena fuit sa condition déchue et implore Gérard de sauver le poète. Déchiré entre sa passion et sa conscience, celui‑ci signe trop tard l’acte d’accusation.

Dans un dénouement d’une intensité poignante, Chénier et Maddalena, unis par une foi commune en l’amour et en la liberté, acceptent la mort avec une sérénité héroïque. Ensemble, ils montent à la guillotine, transfigurant la tragédie politique en un ultime hymne à la dignité humaine.

Thèmes abordés

Dans Andrea Chénier, Giordano parvient à conjuguer la vigueur émotionnelle du vérisme avec la grandeur lyrique du grand opéra historique. Le compositeur élabore une écriture où la force dramatique du texte s’unit organiquement à la richesse orchestrale, créant une fusion exemplaire entre la parole et le son. Fidèle à l’esthétique naturaliste de son temps, il ancre sa musique dans la réalité du XVIIIème siècle révolutionnaire en y insérant plusieurs chants populaires authentiques ("Ça ira", " La Carmagnole", " La Marseillaise") qu’il oppose aux danses galantes et pastorales venues d’un monde ancien sur le point de disparaître.

L’opéra déploie une architecture thématique d’une rare densité: le heurt entre l’idéalisme et la violence politique, la passion amoureuse défiant les barrières sociales, le sacrifice individuel face à l’injustice collective, et la quête de rédemption dans un univers dominé par le fanatisme et la peur. Ces oppositions, portées par une écriture vocale d’une intensité théâtrale remarquable, donnent à l’œuvre sa puissance tragique.

Le chœur, omniprésent, y occupe une place bien plus active que dans la plupart des opéras véristes. Il personnifie le peuple, tour à tour exalté, menaçant, compatissant ou vengeur, devenant ainsi un véritable protagoniste collectif, témoin et acteur du drame révolutionnaire. Par cette ampleur chorale autant que par la noblesse poétique des personnages, Giordano dépasse les cadres du réalisme musical pour atteindre une dimension historique et humaine universelle.

Distribution annoncée

Pour cette retransmission Live in HD du 13 décembre 2025, le Metropolitan Opera annonce la distribution de premier plan que voici:

Andrea Chénier: Piotr Beczała
Maddalena: Sonya Yoncheva
Carlo Gérard: Igor Golovatenko
La Bersi: Siphokazi Molteno
Madelon: Olesya Petrova
Incredibile: Brenton Ryan
Roucher: Guriy Gurev
Mathieu: Maurizio Muraro
Direction musicale: Daniele Rustioni
Mise en scène: Nicolas Joël
Costumes: Hubert Monloup
Lumières/Eclairage: Duane Schuler

Concernant les principaux personnages de cette distribution: 
  • Piotr Beczała (Andrea Chénier): Ténor polonais de carrière internationale, Beczała est particulièrement réputé pour ses interprétations des rôles verdiens et mozartiens aux côtés des plus grands orchestres du monde. Acclamé non seulement pour la beauté de sa voix mais aussi pour son engagement ardent envers chaque personnage, ce chanteur figure parmi les ténors lyriques les plus établis du monde.
  • Sonya Yoncheva (Maddalena di Coigny): Soprano bulgaro-suisse née en 1981, Yoncheva a été saluée comme l'une des interprètes les plus acclamées et captivantes de sa génération. Récipiendaire du prix Opus Klassik 2021 comme Chanteuse de l'année, elle est un incontournable des scènes les plus prestigieuses du monde, notamment le Metropolitan Opera, Royal Opera House et La Scala.
  • Igor Golovatenko (Carlo Gérard): Baryton russe formé à Moscou, Golovatenko remporte le premier prix du Concours Three Centuries of Classical Romance à Saint-Pétersbourg et le deuxième prix du Concours International d'Opéra de Dresde. Ancien soliste principal du Bolchoï, il figure parmi les barytons dramatiques verdiens les plus en vue, avec un répertoire riche incluant les grands rôles de Verdi.
  • Daniele Rustioni (Direction musicale): Chef d'orchestre italien né en 1983, Rustioni a étudié au conservatoire de Milan et perfectionné sa formation à Sienne et à la Royal Academy of Music de Londres. En 2024, il est nommé chef invité principal au Metropolitan Opera à compter de la saison 2025-2026. Il dirige actuellement au sein des plus importantes institutions lyriques mondiales, ayant été chef associé du Covent Garden londonien en collaboration étroite avec Antonio Pappano.

Arias célèbres et synopsis complet 

Trois grands moments vocaux structurent l’édifice dramatique d’Andrea Chénier, auxquels s’ajoutent deux duos d’amour parmi les plus bouleversants du répertoire italien. Chacun met en lumière une facette essentielle de la tension entre idéal, passion et sacrifice.
  • "Un dì, all’azzurro spazio" (Acte I)
    Surnommé l’"Improvviso", ce monologue constitue le véritable manifeste poétique du héros. Invité à improviser un compliment mondain lors d’une réception aristocratique, Chénier transforme l’exercice en une déclamation enflammée contre la misère, la servitude et l’injustice. La mélodie, d’abord retenue et contemplative, s’amplifie jusqu’à l’élan d’une foi exaltée en l’Humanité et en la Liberté. Cet air fonde la noblesse morale du personnage, élevant la parole artistique au rang de conscience politique.

    En voici une double interprétation par respectivement 
    Luciano Pavarotti (interprétation légendaire, puissance et lyrisme) et Jonas Kaufmann (version contemporaine à la chaleur dramatique):


  • "Nemico della patria" (Acte II)
    Dans cet air de Gérard, le baryton explore avec intensité la dualité d’un homme partagé entre sa ferveur révolutionnaire et ses passions humaines. Membre du Comité de salut public, il prétend défendre la Patrie contre ses ennemis, mais ses mots se fissurent sous le poids du remords et de la jalousie. Giordano traduit cette lutte intérieure par un tissu musical tourmenté, alternant accents martiaux et confessions contrites, révélant la fracture morale d’un idéaliste dévoré par sa propre faiblesse.

    En voici une double int(erprétation par respectivement Piero Cappuccilli (timbre noble et intensité classique) et 
    Enkhbatyn Amartüvshin (lecture moderne, empreinte de passion contenue):

  • "La mamma morta" (Acte III)
    Véritable sommet émotionnel de l’opéra, cette aria de Maddalena est devenue l’un des emblèmes du lyrisme vériste. Dans un récit d’une intensité croissante, la jeune femme confie la mort tragique de sa mère et la perte de tout repère au sein du tumulte révolutionnaire. La ligne vocale, sculptée du grave voilé à l’aigu incandescent, traduit un passage de la douleur à la transcendance: le désespoir se mue en lumière, dans un geste musical d’une sincérité désarmante. Le cinéma s’empara de cette page immortelle lorsque Jonathan Demme l’intégra à son film Philadelphia (1993), où elle symbolise la puissance rédemptrice de l’Art.

    En voici une double int(perpétration par respectivement Sonya Yoncheva  et Anna Netrebko:
Les duos des actes II et IV, entre Andrea Chénier et Maddalena di Coigny, forment le versant amoureux de cette fresque tragique. Dans le premier, la ferveur du sentiment contraste encore avec la menace du monde extérieur; dans le dernier, alors que les amants marchent vers la guillotine, la musique s’élève vers la sérénité du renoncement. 

Voici le premier, interprété par Jonas Kaufmann et Anja Harteros: 

Et voici le second dans une triple interprétation, tout d'abord par Sondra Radvanovsky et Piotr Beczala, puis par Sonya Yoncheva et Jonas Kaufmann, enfin Anja Harteros et Jonas Kaufmann



Ces pages d’un élan lyrique souverain, fusionnant voix et orchestre en une même respiration, scellent l’opéra dans une conclusion à la fois déchirante et lumineuse.

Enfin et en complément de tout ce qui précède, voici le synopsis complet de ce magnifique opéra. 

Impact et héritage

Au fil du temps, Andrea Chénier a su préserver son attrait auprès des mélomanes, même si sa présence sur les scènes lyriques s’est faite plus discrète qu’au siècle dernier. Son pouvoir de séduction repose surtout sur la richesse musicale qu’Umberto Giordano réserve au ténor : un rôle d’une intensité peu commune, capable de mettre en valeur la virtuosité et la profondeur expressive des grandes voix italiennes et internationales.

Seul rescapé des dix opéras du compositeur encore régulièrement interprété, Andrea Chénier s’impose comme l’un des joyaux du vérisme. Il témoigne de cette flamboyance créative de la fin du XIXème siècle, où l’Art Lyrique mêlait vérité historique et passion humaine. Giordano y transforme un épisode dramatique de la Révolution Française en une fresque universelle sur l’amour et le courage, où la poésie l’emporte sur le tumulte politique. 

Cette alchimie entre émotion et idéal continue de résonner aujourd’hui, rappelant combien la souffrance et la beauté demeurent indissociables dans le destin des hommes et des artistes.

---------------------------------------

(*) : Les dates/heures peuvent varier d'une Salle de Spectacle à l'autre. Toujours bien se renseigner au préalable !!!

Pour pleinement savourer chaque vidéo, une fois celle-ci démarrée, se mettre en "Plein
Ecran" en cliquant sur la petite icône située dans la partie inférieure droite de l'écran
Ensuite et à tout instant, il sera possible de revenir à l'état initial
en cliquant à nouveau sur cette même icône !
Cela, naturellement, en utilisant, au strict minimum, un casque audio de qualité !!!

Nota BeneLes informations/photos contenues dans cet article proviennent, pour l'essentiel, de sites Internet spécialisés (MET, Opera Online, Backtrack, ForumOpera, Ôlyrix) ainsi que de la "Mine d'or" YouTube. Sans oublier la véritable "Bible" en la matière que constitue le livre "Tout l'Opéra" de Gustave Kobbé.