Première retransmission de la saison 2026-2027 du MET (Metropolitan Opera de New-York), dans le cadre du programme "Live in HD", samedi 03/10/2026 à 19:00 (*), avec l'œuvre "Cosi Fan Tutte" de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Cette production colorée et inventive, signée Phelim McDermott, transpose l’intrigue dans l’atmosphère nostalgique de Coney Island au début des années 1950, transformant la célèbre comédie en un tour de manège aussi jubilatoire que mélancolique.
Grâce à la technologie de diffusion cinématographique du MET, cet opéra sera projeté en direct dans des salles du monde entier, offrant au public une expérience immersive et fidèle à la scène new-yorkaise. Les spectateurs pourront ainsi découvrir l’une des œuvres les plus subtiles et ironiques de Mozart, où se mêlent jeu des apparences, tests de fidélité et réflexions sur la nature humaine, le tout porté par une direction musicale et des interprétations de premier plan.
Cette ouverture de saison marque également un moment fort pour les amateurs d’Opéra, qui retrouveront dans cette production les éléments visuels et scénographiques caractéristiques de McDermott, connus pour leur créativité et leur capacité à renouveler la lecture des classiques.
Rappel sur l’origine de l’œuvre
Così fan tutte ("Ainsi font-elles toutes"), est un opera bouffe en deux actes composé par Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Il s’agit de la troisième et dernière collaboration entre le compositeur et le librettiste, après Le nozze di Figaro (1786) et Don Giovanni (1787), formant ainsi une trilogie mozartienne majeure du genre lyrique.
L’œuvre a été créée le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne, sous la direction de Mozart lui-même. La première fut plutôt bien accueillie par le public viennois, mais la série de représentations s’interrompit après seulement cinq soirées, en raison de la mort de l’empereur Joseph II en février 1790 et de la période de deuil officiel qui s’ensuivit, suspendant les activités théâtrales dans la capitale impériale.
Au XIXème siècle, Così fan tutte tomba progressivement dans l’oubli: son sujet, jugé immoral et cynique par les critiques de l’époque, ainsi que son ton ironique et ambigu, conduisirent à une mise à l’écart de l’ouvrage, rarement programmé. Ce n’est qu’au XXème siècle, grâce à la redécouverte des œuvres de Mozart et à l’engagement de chefs d’orchestre visionnaires tels que Gustav Mahler, Richard Strauss et Thomas Beecham, que l’opéra retrouva pleinement sa place dans le répertoire international, où il est aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de la comédie lyrique mozartienne.
L'œuvre proprement dite
Résumé de l’œuvre
L’action se déroule à Naples, au début du XVIIIème siècle. En voici un bref résumé:
A Naples, deux jeunes officiers, Ferrando et Guglielmo, se vantent de la fidélité absolue de leurs fiancées, les sœurs Fiordiligi et Dorabella. Le philosophe cynique Don Alfonso, sceptique, parie qu’elles céderont comme "toutes les femmes" (così fan tutte). Pour le prouver, les deux hommes feignent de partir à la guerre, puis reviennent déguisés en nobles Albanais. Avec la complicité de Despina, la servante rusée et pragmatique, ils entreprennent de séduire les deux sœurs.
Malgré leurs premières résistances et leurs serments de fidélité, Fiordiligi et Dorabella finissent par succomber aux avances des "étrangers", chacune trahissant sans le savoir son véritable fiancé. Lorsque la vérité éclate, les couples se retrouvent bouleversés, humiliés et confrontés à leurs propres contradictions. L’opéra s’achève sur un retour ambigu à l’ordre: les fiancés se reforment, mais rien n’est vraiment comme avant, laissant le public s’interroger sur la nature réelle des sentiments et la fragilité des engagements amoureux.
Thèmes abordés
Les thèmes centraux de Così fan tutte sont la fidélité, le désir, la tromperie, la fragilité des sentiments humains et la nature complexe de l’amour. Mozart et Da Ponte explorent avec ironie, légèreté apparente et profondeur psychologique les contradictions entre raison et passion, entre idéal et réalité.
L’œuvre interroge également les stéréotypes de genre et les conventions sociales de l’époque, en mettant en scène des personnages féminins à la fois sensibles, lucides et contradictoires. Loin d’être une simple comédie légère, Così fan tutte propose une réflexion subtile et parfois troublante sur la condition humaine, où la vérité des cœurs se révèle aussi mouvante que les apparences.
Distribution annoncée
Pour cette soirée inaugurale du 3 octobre 2026, le Metropolitan Opera propose la distribution de tout premier plan que voici:
Fiordiligi : Federica Lombardi
Dorabella : Samantha Hankey
Ferrando : Duke Kim
Guglielmo : Andrey Zhilikhovsky
Don Alfonso : Gerald Finley
Despina : Ana María Martínez
Direction musicale : Nimrod David Pfeffer
Mise en scène: Phelim McDermott
Costumes: Laura Hopkins
Lumières/Eclairage: Paule Constable
La mise en scène de Phelim McDermott, créée en 2014 à l’English National Opera et reprise au Metropolitan Opera de New York depuis 2018, transpose l’action de l’opéra de Naples au Coney Island des années 1950. Phelim McDermott, metteur en scène britannique lauréat des Olivier Awards, y imagine un univers de fête foraine à la fois coloré, foisonnant et inventif, peuplé de manèges, de baraques d’attractions et de spectacles annexes (avaleurs de sabres, cracheurs de feu, contorsionnistes, femmes à barbe, etc.).
Les décors de Tom Pye, les costumes de Laura Hopkins et les lumières de Paule Constable contribuent à créer une atmosphère onirique et carnavalesque, où la frontière entre réalité et illusion devient poreuse. Dans cet environnement, le pari cynique de Don Alfonso se transforme en une véritable "montagne russe" émotionnelle et visuelle: les règles du monde ordinaire s’effacent, rendant ainsi crédibles les travestissements, les métamorphoses et les jeux de l’amour qui structurent l’intrigue de Così fan tutte.
Cette esthétique de parc d’attractions renforce la dimension métaphorique de l’œuvre: les personnages montent et descendent dans leurs sentiments comme on monte dans des manèges éphémères, tandis que le public est invité à réfléchir, dans un décor à la fois festif et mélancolique, à la fragilité des engagements et à la versatilité des cœurs.
Concernant enfin les rôles principaux et les interprètes:
- Fiordiligi (soprano) – Federica Lombardi
Sœur aînée, Fiordiligi incarne d’abord la fidélité et la vertu, notamment dans son air de constance "Come scoglio", avant de céder progressivement au doute et à la passion. Federica Lombardi, soprano italienne née en 1989, est l’une des mozartiennes les plus demandées de sa génération. Elle a déjà interprété Fiordiligi à Munich, Berlin, Turin et Rome, et s’est imposée au Metropolitan Opera dans des rôles tels que Donna Elvira, Donna Anna (Don Giovanni) ou la Comtesse (Le nozze di Figaro). - Dorabella (mezzo-soprano) – Samantha Hankey
Sœur cadette, plus impulsive et sensuelle, Dorabella succombe plus rapidement aux avances des "Albanais". Samantha Hankey, mezzo-soprano américaine formée à la Juilliard School, est saluée pour sa présence scénique et son timbre lumineux. Elle a chanté Dorabella à Covent Garden, à Zurich et à Monte-Carlo, et s’illustre également dans des rôles comme Octavian (Der Rosenkavalier) ou le Compositeur (Ariadne auf Naxos). - Ferrando (ténor) – Duke Kim
Officier amoureux de Dorabella, Ferrando passe de la confiance absolue en sa fiancée à la jalousie, puis à la douleur lorsque la vérité éclate. Duke Kim, ténor coréo-américain, lauréat d’Operalia et des concours du MET, a fait ses débuts sur la scène du Metropolitan Opera en 2024 dans le rôle de Tamino (La Flûte enchantée). Il chante régulièrement des rôles lyriques comme Roméo (Roméo et Juliette), Nemorino (L’elisir d’amore) ou le Duc de Mantoue (Rigoletto). - Guglielmo (baryton) – Andrey Zhilikhovsky
Fiancé de Fiordiligi, plus cynique et jouisseur, Guglielmo se révèle souvent le plus blessé par l’expérience du pari. Andrey Zhilikhovsky, baryton moldave formé à Saint-Pétersbourg et au Bolchoï, est un interprète régulier de Mozart (Figaro, Don Giovanni, Guglielmo). Il a déjà chanté au MET, à Covent Garden, à Glyndebourne et à la Bayerische Staatsoper. - Don Alfonso (baryton-basse) – Gerald Finley
Philosophe cynique, Don Alfonso organise le pari et manipule les jeunes gens pour démontrer sa thèse sur la fragilité de la fidélité. Gerald Finley, baryton-basse canadien de renommée internationale, est un spécialiste reconnu de Mozart. Il reprend ici un rôle qu’il a déjà incarné à plusieurs reprises, notamment au MET et à La Scala, y apportant sa maturité vocale et son intelligence dramatique. - Despina (soprano) – Ana María Martínez
Servante rusée et pragmatique, complice de Don Alfonso, Despina multiplie les déguisements et les stratagèmes pour faciliter la séduction des deux sœurs. Ana María Martínez, soprano porto-ricaine primée aux Grammy, habituellement associée à de grands rôles lyriques (Mimì, Cio-Cio-San, Carmen…), aborde ici un personnage plus comique, qu’elle a déjà interprété avec succès à Los Angeles et Chicago. Elle y déploie une expérience scénique et un sens de la comédie très appréciés.
Arias célèbres et synopsis complet
Parmi la riche partition de Così fan tutte, certaines arias se sont imposées comme des pages emblématiques du répertoire mozartien, alliant beauté mélodique, virtuosité vocale et profondeur dramatique. Citons notamment:
- "Soave sia il vento" (Acte I)
Trio d’adieu sublime entre Fiordiligi, Dorabella et Don Alfonso, "Soave sia il vento" ("Que le vent soit doux") intervient au moment où les deux sœurs adressent leurs vœux de bon voyage à leurs fiancés, qui feignent de partir à la guerre. Les voix s’entrelacent dans une écriture fluide et apaisée, évoquant une mer calme et un ciel clément. Ce moment d’une pureté et d’une émotion poignantes contraste ironiquement avec la tromperie déjà en marche, soulignant la fragilité des serments prononcés.
En voici une interprétation par Nicolas Rivenq (Don Alfonsoà, Miah Persson (Fiordiligi) et Anke Vondung (Dorabella): - "Come scoglio" (Acte I)
"Come scoglio" ("Comme un rocher") est la grande aria de Fiordiligi, dans laquelle elle affirme sa constance amoureuse, se comparant à un rocher immobile face aux vents et à la tempête. D’une écriture vocale virtuose et dramatique, elle exige de l’interprète agilité, puissance et contrôle, tout en révélant la fermeté apparente de l’héroïne avant que le doute ne s’insinue progressivement en elle. Cette aria constitue l’un des sommets techniques et expressifs du rôle de Fiordiligi..
En voici trois interprétations différentes par respectivement Corinne Winters, Elsa Dreisig et Nicole Car: - "Un’aura amorosa" (Acte I),
"Un’aura amorosa" ("Une aura amoureuse") est l’aria lyrique et sereine de Ferrando, qui chante l’"aura" bienfaisante de sa bien-aimée comme un doux réconfort au milieu des incertitudes. D’une beauté mélodique épurée, elle offre un moment de calme et de sincérité au cœur des intrigues et des manipulations. Cette page illustre la dimension tendre et idéalisée de l’amour chez Ferrando, avant que l’épreuve du pari ne vienne ébranler ses certitudes.
En voici quatre interprétations différentes par respectivement Daniel Behle, Matthew Polenzani, Jonas Kaufmann et Michael Spyres: - "Per pietà, ben mio, perdona" (Acte II)
"Per pietà, ben mio, perdona" ("Par pitié, mon amour, pardonne") est le rondo final de Fiordiligi, dans lequel elle supplie son fiancé de lui pardonner l’erreur de son cœur. D’une écriture vocale exigeante et d’une intensité dramatique rare, cette aria explore les nuances de la culpabilité, du regret et de la vulnérabilité. Elle constitue l’un des moments les plus profonds et émotionnellement complexes de l’opéra, où se cristallisent les conséquences humaines du pari de Don Alfonso.
En voici trois interprétations différentes par respectivement Lenneke Ruiten, Nicole Car et Daniela Dessì:
Enfin et en complément de tout ce qui précède, voici le synopsis complet de ce magnifique opéra.
Impact et héritage
Longtemps négligée en raison de son sujet jugé frivole, cynique, voire immoral, Così fan tutte est aujourd’hui reconnue comme l’un des chefs-d’œuvre les plus sophistiqués et les plus subtils de Mozart. Sa musique, d’une richesse harmonique et orchestrale remarquable, alliée à une profondeur psychologique exceptionnelle, transcende le livret apparemment léger pour offrir une réflexion universelle sur l’amour, la fidélité, le désir et la nature humaine.
Réhabilitée au XXème siècle grâce à des chefs visionnaires (Mahler, Strauss, Beecham) et à une relecture plus nuancée de son ambiguïté morale, l’œuvre figure désormais parmi les opéras les plus joués et les plus étudiés au monde. Son influence se mesure notamment dans la manière dont elle a inspiré des mises en scène modernes et audacieuses, comme celle de Phelim McDermott au Metropolitan Opera, qui explorent ses zones d’ombre et ses contradictions sans chercher à les simplifier ni à les moraliser.
L’œuvre reste un miroir de nos propres contradictions: entre idéal et réalité, entre constance et versatilité, entre raison et passion. Elle prouve que Mozart, même dans le cadre de la comédie lyrique, savait toucher aux vérités les plus intimes et les plus troublantes du cœur humain, faisant de Così fan tutte bien plus qu’un divertissement: une expérience à la fois musicale, dramatique et philosophique.
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(*) : Les dates/heures peuvent varier d'une Salle de Spectacle à l'autre. Toujours bien se renseigner au préalable !!!
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Nota Bene: Les informations/photos contenues dans cet article proviennent, pour l'essentiel, de sites Internet spécialisés (MET, Opera Online, Backtrack, ForumOpera, Ôlyrix) ainsi que de la "Mine d'or" YouTube. Sans oublier la véritable "Bible" en la matière que constitue le livre "Tout l'Opéra" de Gustave Kobbé.