Deuxième retransmission de la saison 2026-2027 du MET (Metropolitan Opera de New-York), dans le cadre du programme "Live in HD", samedi 17/10/2026 à 19:00 (*), avec l'œuvre "Macbeth" de Giuseppe Verdi (1813-1901). Il s'agit d'une nouvelle production très attendue, première mise en scène de l’ouvrage au MET depuis près de vingt ans. Cette diffusion mondiale en salles de cinéma offre une occasion rare de découvrir l’une des œuvres les plus sombres et innovantes du compositeur italien.
Rappel sur l’origine de l’œuvre
Macbeth est le dixième opéra de Giuseppe Verdi et sa première adaptation d’une pièce de Shakespeare, marquant le début d’une fascination durable du compositeur pour le dramaturge anglais (qui se poursuivra avec Otello et Falstaff).
C'est un opéra en quatre actes composé sur un livret de Francesco Maria Piave (avec des contributions substantielles d’Andrea Maffei, sollicité par Verdi lui-même pour affiner le texte), l’ouvrage constitue une rupture esthétique majeure dans le parcours du compositeur. Il fut créé le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence,
Plusieurs choix audacieux distinguent cette partition: absence d’intrigue amoureuse (rare pour l’époque), rôle-titre confié à un baryton (Felice Varesi, choisi pour son intensité dramatique) plutôt qu’à un ténor, et exploration psychologique intense des personnages, centrée sur l’ambition, la culpabilité et la folie.
Le public florentin accueillit l’œuvre avec enthousiasme: Verdi fut rappelé des dizaines de fois sur scène après la première, et l’opéra fut repris rapidement dans les principaux théâtres italiens.
En 1865, Verdi entreprit une révision profonde de l’ouvrage pour une création parisienne au Théâtre Lyrique, dans une version française enrichie. Il ajouta notamment l’aria "La luce langue" pour Lady Macbeth, un nouveau duo, des chœurs supplémentaires, une scène de mort retravaillée et un ballet (obligatoire pour les scènes lyriques parisiennes).
Cette version "parisienne", souvent traduite ensuite en italien et présentée dès 1874 à Milan, s’imposa progressivement au XXème siècle comme la référence scénique, même si certaines productions contemporaines réintègrent des éléments de la version originale de 1847.
L'œuvre proprement dite
Résumé de l’œuvre
L’action se déroule au début du Xème siècle en Écosse. En voici un bref résumé:
A l’issue d’une bataille victorieuse, les généraux Macbeth et Banco rencontrent un trio de sorcières qui leur délivrent des prophéties troublantes: Macbeth sera fait roi, tandis que Banco engendrera une lignée de souverains.
Peu après, Macbeth apprend qu’il a été nommé Thane de Cawdor, ce qui donne crédibilité aux prédictions surnaturelles. Poussé par l’ambition et surtout par Lady Macbeth, qui doute de sa résolution et invoque les forces obscures pour se durcir, il assassine le roi Duncan, venu passer la nuit dans son château.
Pour consolider son pouvoir, Macbeth fait ensuite tuer Banco, dont la descendance menace sa légitimité, mais le fils de Banco, Fleance, parvient à s’échapper. Hanté par le fantôme de son ancien compagnon lors d’un banquet, puis confronté à de nouvelles prophéties ambiguës (aucun homme "né d’une femme" ne pourra le vaincre; il ne tombera que lorsque la forêt de Birnam marchera sur Dunsinane), Macbeth sombre dans la paranoïa et la tyrannie.
De son côté, Lady Macbeth, rongée par le remords, est saisie d’une crise de somnambulisme au cours de laquelle elle tente désespérément de laver des taches de sang imaginaires, avant de mourir (probablement par suicide).
Macduff, noble écossais dont la famille a été massacrée sur ordre de Macbeth, rejoint le fils de Duncan, Malcolm, et mène la révolte. Les prophéties se retournent contre Macbeth: Macduff, "arraché avant terme du sein de sa mère", n’est pas "né d’une femme" au sens ordinaire, et les soldats avancent masqués de branchages, donnant l’illusion que la forêt marche. Macbeth périt dans un duel final, et Malcolm est proclamé roi, restaurant ensuite l’ordre en Ecosse.
Thèmes abordés
Les thèmes principaux de Macbeth sont les suivants:
- L’ambition dévorante et ses conséquences destructrices: Macbeth, d’abord guerrier loyal, se laisse consumer par une ambition démesurée qui le transforme en tyran et entraîne sa perte ainsi que celle de l’Écosse.
- Le libre arbitre face au destin et aux forces surnaturelles: les prophéties des sorcières ne contraignent pas Macbeth, mais elles réveillent et orientent ses désirs, posant la question de la responsabilité morale dans un monde où le surnaturel brouille les frontières entre fatalité et choix.
- La culpabilité, le remords et la descente dans la folie: la culpabilité se manifeste par des hallucinations (le poignard, le fantôme de Banco), des voix, l’insomnie, puis la crise de somnambulisme de Lady Macbeth, où le sang devient métaphore d’une faute indélébile.
- Le pouvoir tyrannique et l’oppression (écho au Risorgimento italien): sous Macbeth, l’Écosse devient une terre de terreur et de chaos, ce qui résonnait, en 1847, avec les aspirations libérales et nationales italiennes contre l’oppression étrangère; Verdi lui-même était perçu comme un symbole du Risorgimento.
- La nuit, le sang et l’obscurité comme métaphores du mal: l’opéra multiplie les images de ténèbres, de taches de sang et de rituels nocturnes (scène des sorcières, somnambulisme) pour traduire la corruption morale et le basculement dans le mal.
Distribution annoncée
Pour cette soirée du 17 octobre 2026, le Metropolitan Opera propose la distribution que voici:
Costumes : Montana Levi Blanco

Concernant enfin les rôles principaux et les interprètes:
- Macbeth (baryton) – Quinn Kelsey
Quinn Kelsey, baryton américain régulièrement acclamé dans les grands rôles verdiens (Rigoletto, Iago, Nabucco), incarne un Macbeth hanté et complexe, passant de la bravoure guerrière à la paranoïa tyrannique, avec une voix sombre et une présence scénique particulièrement adaptées à ce personnage tourmenté. - Lady Macbeth (soprano) – Lise Davidsen
Lise Davidsen, soprano dramatique norvégienne parmi les plus marquantes de sa génération, affronte le rôle redoutable de Lady Macbeth, exigeant puissance, agilité et intensité théâtrale: elle doit dominer les aigus stridents des invocations nocturnes, la férocité des duos avec Macbeth, puis la fragilité désespérée de la scène de somnambulisme. - Macduff (ténor) – Freddie De Tommaso
Freddie De Tommaso, ténor britannique en pleine ascension, apporte héroïsme et émotion à Macduff, figure de la résistance morale et politique, tandis que Ryan Speedo Green, basse-bariton à la voix profonde et à la présence imposante, donne profondeur et noble présence à Banquo, ami devenu victime, dont la lignée royale hante Macbeth.
Arias célèbres et synopsis complet
Parmi les nombreux moments forts de Macbeth, certains numéros vocaux sont devenus emblématiques, résumant à eux seuls la puissance dramatique et l’invention musicale de Verdi. Ces arias, confiées principalement à Lady Macbeth et à Macduff, illustrent les thèmes centraux de l’ambition, de la culpabilité et de la vengeance.
En voici quelques-unes des plus célèbres, avec leur contexte dans l’action et leur signification dramatique:
- "Vieni ! t’affretta !" (Acte I)
Dans cette scène d’ouverture du premier acte, Lady Macbeth lit la lettre de son mari lui rapportant les prophéties des sorcières. Immédiatement enflammée d’ambition, elle exhorte Macbeth à se hâter pour saisir la couronne.
Cette aria de détermination farouche révèle d’emblée la volonté de fer du personnage: la ligne vocale, nerveuse et incisive, alterne élans impérieux et couleurs sombres, tandis que l’orchestre soutient une tension dramatique presque fiévreuse. Verdi y impose déjà une Lady Macbeth qui doit être autant actrice que chanteuse, capable de traduire la cruauté et la résolution sans perdre en puissance vocale.
En voici trois interprétations différentes par respectivement Liudmyla Monastyrska, Asmik Grigorian et Paoletta Marrocu:
- "La luce langue" (Acte II, version 1865) Ajoutée lors de la révision parisienne de 1865, cette aria remplace un numéro antérieur ("Trionfai !") et intervient au cœur de la nuit, après le meurtre de Duncan. Lady Macbeth exulte dans l’obscurité et appelle de nouveaux crimes pour consolider le pouvoir de son mari. Le texte évoque la lumière qui s’éteint, la nuit qui règne, et une soif de sang inassouvie. Musicalement, c’est un moment d’intense noirceur psychologique: la mélodie serpente dans des registres graves et médians, ponctué d’éclats aigus, tandis que l’orchestration crée une atmosphère étouffante, presque hallucinée. Cette aria est souvent considérée comme plus sophistiquée et mieux intégrée dramatiquement que la version de 1847, même si certains spécialistes débattent de son impact théâtral exact.
En voici trois interprétations différentes par respectivement Anna Netrebko, Elīna Garanča et Asmik Grigorian: - "Una macchia è qui tuttora" (Acte IV) Au quatrième acte, Lady Macbeth, rongée par le remords, apparaît dans une célèbre scène de somnambulisme. Dans un climat nocturne et suspendu, elle tente en vain d’effacer une tache de sang imaginaire sur ses mains, répétant des fragments de phrases liés aux meurtres de Duncan et de Banquo. La musique se fait rare, presque irréelle, avec des lignes vocales fragmentées et une orchestration minimaliste qui matérialise la culpabilité. Ce numéro est considéré comme l’un des sommets dramatiques de l’opéra et l’un des grands moments du répertoire pour soprano dramatique, exigeant à la fois contrôle, nuance et intensité expressive. En voici trois interprétations différentes par respectivement Anna Netrebko, Asmik Grigorian et Jennifer Rowley:
- "Ah, la paterna mano" (Acte IV)Toujours au quatrième acte, après avoir appris le massacre de sa femme et de ses enfants ordonné par Macbeth, Macduff pleure et jure vengeance.Cette aria d’une émotion pure et d’une grandeur lyrique contraste avec l’obscurité dominante de l’ouvrage: la ligne vocale est noble, douloureuse, mais contenue, avant de se transformer en détermination guerrière. Verdi y dessine une figure de résistance morale et politique, essentielle à la restauration finale de l’ordre. En voici deux interprétations différentes par respectivement Luciano Pavarotti et Dimitri Pittas:
Enfin et en complément de tout ce qui précède, voici le synopsis complet de ce splendide opéra.
Impact et héritage
Macbeth marque une étape décisive dans l’évolution de Verdi: abandon des conventions du bel canto purement virtuose au profit d’une dramaturgie psychologique plus moderne et d’une orchestration expressive. Dès sa création en 1847, l’ouvrage se distingue par son traitement novateur des passions et de la culpabilité, anticipant les grandes tragédies verdiennes de la maturité.
Longtemps éclipsé par les succès ultérieurs (Rigoletto, La Traviata, Aida), Macbeth connaît une longue période d’oubli relatif avant d’être pleinement réhabilité au XXème siècle. Ce renouveau doit beaucoup à des interprètes légendaires, notamment Maria Callas, dont la prestation à La Scala en 1952 permet à l’opéra d’entrer durablement au répertoire, et Shirley Verrett, triomphante dans le rôle-titre sous la direction de Claudio Abbado et la mise en scène de Giorgio Strehler en 1975.
Il s’impose aujourd’hui comme l’une des plus grandes œuvres verdiennes de maturité précoce, fidèle à l’esprit shakespearien tout en affirmant une voix opératique singulière. Son influence se mesure à la place qu’il occupe désormais dans les programmations internationales et à la fascination qu’il continue d’exercer sur les interprètes et les metteurs en scène.
La nouvelle production du Metropolitan Opera, confiée à la metteuse en scène Louisa Proske et dirigée musicalement par Yannick Nézet-Séguin, avec Quinn Kelsey (Macbeth) et Lise Davidsen (Lady Macbeth), confirme cet héritage vivant.
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(*) : Les dates/heures peuvent varier d'une Salle de Spectacle à l'autre. Toujours bien se renseigner au préalable !!!
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Nota Bene: Les informations/photos contenues dans cet article proviennent, pour l'essentiel, de sites Internet spécialisés (MET, Opera Online, Backtrack, ForumOpera, Ôlyrix) ainsi que de la "Mine d'or" YouTube. Sans oublier la véritable "Bible" en la matière que constitue le livre "Tout l'Opéra" de Gustave Kobbé.